La tête à Lambert

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Mercredi 5 mai 2010 3 05 /05 /Mai /2010 23:43

Barbie Tortue N

 

Aujourd'hui, dans le métro qui me ramenait de Viña, j'étais assis face à une petite fille accompagnée d'une dame (mère, tante, grand-mère... ?). Pensant au récit - que je m'apprête à vous faire - de mon 1er mai au Chili, je ne prêtais pas attention au propos de mes voisines, qui semblait porter sur les dernières aventures scolaires de la fillette, encore vêtue d'une tenue de sport aux couleurs de son école.

 

Soudain, descendant de mon nuage, et m'intéressant par je ne sais quelle curiosité impudique à leur conversation, je me rendis compte que la fillette, qui venait d'obtenir un 7 en lenguaje (note maximale), tentait de négocier une Barbie comme récompense. Face à la réticence de la dame, elle accepta stratégiquement de se rabattre, à la rigueur, sur un "Mon Petit Poney, parce que j'ai pas encore le rose".

 

La discussion restant en suspens sans que ses arguments aient touché leur cible, elle se lança dans ce qui, sous couvert de rendre compte de sa journée d'école, semblait être une démonstration de ses récentes acquisitions linguistiques :

 

"L et E, LE"

"L et I, LI"

"L et O, LO"

"L et U, LU"

etc...

 

Puis, elle entonna une chanson, "à savoir par coeur pour demain", qui d'après ce que j'ai compris parlait d'un curé qui voyageait dans un grand bateau... Mais je ne pus pas connaître beaucoup plus des aventures de ce prêtre marin, parce qu'elle s'interrompit assez vite, s'exclamant qu'elle avait oublié la strophe introductive que leur fait chanter la maîtresse : "Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, nous sommes ici."

 

Alors qu'elle la chantait en boucle en multipliant les signes de croix avec application, le métro est arrivé à la station Bellavista, et je suis descendu en songeant: vivement le cours de sociologie de l'éducation de demain matin !

 

Enfin donc, le premier mai. Soyons franc, ce ne fut pas un succès complet.

 

J'avais décidé de me rendre à Santiago, parce qu'un défilé du 1er mai dans une capitale, ça a moyen d'être impressionnant, et aussi parce que chaque année la manif de Santiago se conclut par des concerts, sur l'avenue Brasil ou Republica, après les discours syndicaux. Concerts habituellement suivis d'affrontements entre les manifestants et la police, pressée de renvoyer chacun chez soi et de rentrer déjeuner. Mais pour ça, je ne m'inquiétais pas trop, étant donné que j'y allais accompagné d'une santiaguine de naissance, experte en psychologie comportementale du flic autochtone. On avait même préparé des pancartes en papier kraft, dont l'une était destinée à propager la pensée subversive bretonne à travers le monde, en plagiant un graffiti du hall B de Rennes 2.

 

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"Les gouvernements nous pissent dessus... Les médias nous disent qu'il pleut !"

 

Premier coup dur: on apprend durant la semaine que cette année, les concerts sont interdits. Une demi-heure de bla-bla d'un grand chef du PC, et tous à la maison. Nouveau président, nouvelle ambiance. Le mandat de Piñera commence bien.

 

Deuxième coup dur: je n'entends pas mon réveil, et rate mon car pour Santiago, ce qui provoque des difficultés en chaîne, car une fois sur place, il faut encore faire la queue dans le métro...On arrive donc 1h30 après le début de la manifestation. Mais bon, avec le retard habituel (au moins une demi-heure), la manif ne doit être commencée que depuis 1 heure, on devrait en avoir un bon bout.

 

Troisième coup dur: la manifestation a été incroyablement courte, le discours est fini et des affrontements ont déjà lieu. En sortant du métro, on se retrouve donc sur une avenue parsemée de barrages policiers, qui nous obligent à faire des détours sans fin. Nous croisons beaucoup de gens avec des drapeaux pliés, qui rentrent chez eux ou vont manger. On parvient finalement au point d'arrivée de la manif, où nous attend une atmosphère qui pique le nez et les yeux - ça sent la lacrymo dans tout le quartier - mais plutôt calme.

 

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Le remède favori des chiliens contre la lacrymo,

au point que des vendeurs ambulants de citrons arpentent les manifs.

 

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Guanaco décoré par les manifestants,

qui vous braque avec sa lance à eau.

 

Comme on dit chez Alliance ou sur TF1, "les forces de l'ordre ont procédé à des séquences d'action préventive" dès la fin des festivités officielles et les premiers jets de projectile. Efficace.  Seuls quelques groupes épars, n'excédant jamais la quarantaine de manifestants, en majorité jeunes et militants de gauche radicale, font encore à face aux carabineros, qui les dispersent peu à peu en emplissant l'avenue du vert triste de leurs uniformes et de leurs fourgons grillagés.

 

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Donc voilà, pour mon premier mai à Santiago, j'ai vu surtout des policiers. J'ai raté non seulement le défilé, mais aussi les gens de gauche pour de vrai qui balançaient des trucs aux socialistes, et puis les syndicalistes de la CUT qui se battaient avec le service d'ordre du PC, accusé de noyauter le défilé en monopolisant le discours final...

 

102 1044On en a quand même profité pour une petite ballade dans la ville, qui nous a permis notamment de visiter le café The Clinic (du journal satirique chilien du même nom) avec des blagues écrites partout sur les murs, et d'aller boire un verre de Chicha à la Piojera, troquet typique et mythique de Santiago. On a même réussi à tomber par hasard sur la réunion de création du parti de Marco Enriquez Ominami, candidat indépendant à la dernière présidentielle, dissident du parti socialiste... Bon, c'est vrai qu'il ressemble plus aux Jonas Brothers qu'à Mélenchon - d'ailleurs je regrette d'avoir dit non quand les filles dans l'entrée nous ont demandé : "Vous voulez le saluer ? Une photo avec lui ?" Parce que ça m'aurait quand-même fait rire d'avoir une photo de moi à côté de ce vendeur de dentifrice...

Par Lambert
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Samedi 20 mars 2010 6 20 /03 /Mars /2010 18:09

Allez, un peu de hip hop de partout, y compris de pays où il n'est pas facile de rapper...

Keny Arkana - France (mais ça parle d'Argentine)



Slingshot Hip-Hop - Palestine


Abeer - Palestine



Los Aldeanos - Cuba



Calambre - Chile



Par Lambert
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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /Mars /2010 22:23


Jeudi dernier avaient lieu deux évènements de taille à Valparaiso : l'investiture du nouveau président Sebastian Piñera (beurk) devant le Congrès ; et le départ en voyage vers le nord de Lambert et ses parents.

Piñera devait serrer des mains, recevoir ses breloques présidentielles puis faire un discours. Lambert et ses parents, eux, devaient se rendre au Terminal et prendre un car pour se rendre à l'aéroport de Santiago.

Ces deux faits capitaux ont été quelques peu perturbés par une nouvelle secousse, une réplique de magnitude 7, paraît-il, qui n'a pas fait de dégâts... mais a été suivie d'une alerte au tsunami.

Les parlementaires, ministres, ministrables, présidente sortante, président élu et autres huiles ont vu les colonnes du Congrès trembler dangereusement. Certains invités internationaux, peu habitués à ce type de manifestations sismiques, ont eu une grosse frayeur.

De leur côté, Lambert et ses parents, qui étrangement n'ont même pas senti la secousse, sont monté dans un trolley pour aller prendre leur car. Mais 100 mètres plus loin, la circulation s'est arrêtée net : des centaines de personnes emplissaient la chaussée, courant vers les cerros pour se mettre en sécurité. Après quelques temps d'hésitations, nos voyageurs, chargés de leurs sacs à dos, se sont décidés à suivre le mouvement, au milieu de visages inquiets, de jeunes hilares, de commerçants fermant leur boutique à toute vitesse, de vieilles femmes en pleurs...

Mais alors que les collines de Valparaiso était prises d'assaut par toute la population fuyant une hypothétique vague, des gens ont commencé à sortir de leur maison, expliquant qu'à la télévision les réjouissances officielles continuaient. Quelques personnes se sont mises à annoncer en passant la fin de l'alerte, par la fenêtre d'une voiture ou d'un taxi.

Mais pendant un bon moment, des milliers de personnes sont restées réfugiées sur les hauteurs, scrutant la baie depuis les bélvédères et les trottoirs de l'Avenida Alemania - elle qui est quasiment déserte d'ordinaire, s'est retrouvée bondée comme pour les feux du Nouvel An, couverte d'un amas hétérogène d'ouvriers du bâtiments casqués, de boulangères en tablier, de pompiers, de collègiens, de lycéens...

Sans parler d'un embouteillage monstre, dans lequel Lambert et ses parents ont tout de même réussi à prendre un bus, pour redescendre sur le Plan. Mais là - comment n'y avaient-il pas pensé ? - le Terminal de Bus était fermé à cause de l'alerte. C'est donc au bout de l'avenue Argentina, vers la sortie de la ville, et après une demi-heure d'attente, que nous avons réussi à prendre un car - magnanimement arrêté par les Carabineros - qui nous emmena vers l'avion tant espéré... que nous n'avons pas raté.

Quelle aventure ! Indiana Jones doit se faire dessus.

D'autant que nous aussi, on les images... (même si pour l'instant je retrouve pas les vidéos).

Par Lambert
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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /Mars /2010 15:14

Rappel : suite a la diffusion de tracts et d'affiches denoncant l'existence et les pratiques de la Police aux Frontieres (chargee d'arreter et d'expulser  les personnes sans-papiers), le collectif de soutien aux personnes sans-papiers de Rennes a fait l'objet d'une plainte du ministere de l'interieur, pour "diffamation et injures publiques" contre la PAF. 3 personnes du collectif, designees arbitrairement par le Procureur, ont ete inculpees, mais relaxees par le Tribunal correctionnel de Rennes. Le Procureur a fait appel, et un nouveau proces a eu lieu le mois dernier. Le jugement etait rendu aujourd'hui.

La Cour d'Appel de Rennes vient de condamner les 3 prevenus pour diffamation, a 500 euros d'amende avec sursis de 5 ans sans inscription au casier judiciaire.

(Comme en premiere instance, l'accusation d'injures publiques n'a pas ete retenue. Et comme en premiere instance, la procédure de comparution volontaire initiee par le collectif a été rejetée.)

C'est cool, comme metier, juge. Tu peux valider les placement en retention et les reconduites a la frontiere, tu peux envoyer les sans-papiers en prison quand ils refusent leur expulsion, tu peux les interdire du territoire francais... Et si y a des gens que ca choque, eh ben tu peux aussi les faire taire un bon quinquennat !

Ca ferait un joli tract, non ?

Par Lambert
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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /Mars /2010 16:57


On compte maintenant 723 morts, et le bilan devrait continuer de s'aggraver, au vu du nombre de disparus. Et les conséquences matérielles et morales du séisme vont perdurer encore longtemps.

Dans le sud, la situation est dramatique. Beaucoup de personnes sont sans logement ni hebergement, des routes et des ponts sont detruits, l'eau, l'electricite et les communications coupees dans beaucoup d'endroits. Les televisions montraient hier des images de pillage de supermarches, entrainant l'intervention de la police - dispersions à la grenade lacrymo. Le couvre-feu est déclaré dans plusieurs villes, et les militaires patrouillent dans les rues.

A Valparaiso, les dégâts sont principalement superficiels et l'ambiance est bien plus calme. La vie semble redemarrer presque normalement en ce lundi, mais l'atmosphère n'est pas pour autant legere. Les télévisions, allumées dans la plupart des commerces, diffusent en boucle des images de destruction. On continue de faire un peu la queue dans les cyber-cafes et les centres d'appel, beaucoup de lignes etant encore coupees. Et on y voit de temps a autres des gens fondre en larme en raccrochant un telephone.

L'inquietude rend aussi les rumeurs contagieuses. Hier, on m'a fait sortir en urgence d'un cyber-café de l'avenue Pedro Montt, dans le Plan. Sur le trottoir, voyant que les commerces avoisinants baissent leur grille, j'interroge un groupe de dames : on dit que la mer s'agite et qu'une vague arrive. Etonné de n'entendre aucune alarme, de ne voir aucun pompier ni aucun policier, j'accelere quand même le pas et j'appelle mes colocs. Je passe chez une copine : la télé et la radio n'en disent rien. Arrivé en haut de l'ascenseur Reina Victoria, je regarde la baie de Valparaiso, et ne vois pas un mouvement à l'horizon. Le responsable de l'ascenseur nous informe : la radio vient de faire état de la rumeur de tsunami, elle est infondée, tout va bien. J'apprendrai plus tard que dans l'avenue Errazuriz et les rues avoisinantes, des gens se sont mis à courir vers les cerros, parfois même sur ordre de policiers affolés.
Par Lambert
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Samedi 27 février 2010 6 27 /02 /Fév /2010 15:57

Ici le Chili, terre de séisme... Me concernant tout va bien !
 
Juste une grosse frayeur vers 3h30 du matin. La maison s'est mise a trembler, au debut j'ai cru a une petite secousse comme on en a régulièrement ici, et puis c'est devenu plus fort et ça a duré pas mal de temps... On s'est retrouvé avec mon coloc (moi en slip) sous l'encadrure de la porte d'entrée, voyant des bouts de crépit et de pierres tomber du mur d'en face... assez impressionnant !
 
On a attendu la replique (toute petite) dans le jardin, équipés comme il se doit (lampe frontale, lampe torche et piscola pour l'émotion). On a entendu toutes les alarmes de voiture et de magasin sonner, les fêtards evacués des boîtes chanter dans la rue...Un peu de mal a se rendormir, mais depuis c'est tranquille.
 

Depuis ce matin, dans Valparaiso, des pompiers sur leurs grandes échelles font tomber à la barre à mine les morceaux de mur et de toît qui menaceraient de chuter plus tard. Quelques maisons ont perdu leur façade, le théâtre municipal a pris une bonne fissure, et il y a pas mal de vitres brisées. Globablement ce sont surtout des bouts de fenêtre, de toît et de revêtement (enduit, crépit, stuc) qui sont tombés. A ma connaissance, pas de grosses catastrophes ici.

Côté communications : la plupart des téléphones fixes sont coupés, et les cyber-cafés et centres d'appel sont pris d'assaut - tout le monde essayant d'avoir et de donner des nouvelles - mais certains n'ont plus de ligne. Les réseaux de téléphonie mobile sont perturbés et saturés, et le système pour recharger les portables est indisponible.
Vous risquez d'avoir du mal à contacter bibi ou tout autre personne se trouvant au Chili, ne paniquez pas pour autant, j'ai moi-même parfois du mal à appeler mes colocs sur leur portable à l'autre bout de la ville.

Nouvelles des rennais-e-s
L'IEP a réussi a joindre tous ses etudiants au Chili : tout le monde va bien !

Précisions sur le séisme et ses conséquences :

D'une magnitude de 8,3 sur l'échelle de Richter, il a duré environ deux minutes, avec un épicentre situé près de Concepcion ( zone centre-sud du pays). Il a été ressenti d'Antofagasta à Temuco, inégalement selon les endroits, vous l'imaginez. Sur l'échelle de Mercalli, les magnitudes enregistrées sont :
9 à Concepcion et Talca (8,3 Richeter)
8 à Santiago
7 à Temuco et Rancagua
6 à Valdivia, Valparaiso et Viña del Mar
5 à Puerto Montt
3 à Coquimbo, Copiapo et Antofagasta

Comme je vous le disais, on ressent de nouveaux tremblements très faibles et de courte durée de temps à autre. Dans les heures suivant la grande secousse, environ 60 répliques d'une magnitude supérieure à 5 degrés ont été enregistrées dans divers endroits. Mais incontestablement, le pire est passé ! Les dernières vibrations ressenties (peu après 19h) étaient de magnitude 4 à Santiago et 3 à Valparaiso.

Plusieurs milliers de personnes ont passé la fin de la nuit à la rue en raison des dégâts causés à leur logement. La ministre du Logement parle de 500 000 logements inhabitables (sur 1,5 millions endommagés). Pas mal de personnes sont privés de courant, surtout vers Concepcion, mais aussi dans la région métropolitaine.

A Santiago, l'aéroport est fermé et il y a jusqu'à 3 heures d'attente aux urgences dans les cliniques. Huit hôpitaux ont été sérieusement endommagés plus au sud. Quatre hôpitaux de campagnes sont en cours d'installation.

Par Lambert
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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 17:38


Me voici de retour à Valpo, avec bien des récits en attente... Sans plus tarder, je commence par vous livrer une fournée assez conséquente de photos (lien à votre gauche).

Au menu : la côte nord du Chili, un peu de Pérou, Chiloé, le sud de la Patagonie chilienne et Santiago.

Je me dépêche !
Par Lambert
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